Où est la scène du banquet ?

Jour d’ouverture. Vendredi 22 octobre. 15 h 20. Enfin, après quatre longues années d’attente et après avoir suivi toutes les dernières nouvelles, rumeurs et potins entourant l’adaptation de Denis Villeneuve du chef-d’œuvre de science-fiction de 1965 de Frank Herbert Dune, j’étais assis au cinéma IMAX aux Galeries de la Capitale. Noël est arrivé en avance cette année. Tout comme Villeneuve, Dune est mon roman préféré de tous les temps. J’ai lu ses 623 pages et ses quatre annexes neuf fois.

La salle était presque comble (près de 400 personnes). Dès les premiers instants du film, nous avons été catapultés directement dans la vision de Villeneuve : Caladan – la planète natale de Paul, l’épreuve intense du Gom Jabbar, la planète désertique d’Arrakis, les rivales Atréides et Harkonnens, les ornithoptères, les vers de sables géants, les Fremen, etc. Un travail de cinéma visuellement époustouflant, que l’on doit, entre autres, au concepteur visuel Patrice Vermette, une attention incroyable aux détails sur tous les décors et costumes, une trame sonore extraterrestre du célèbre compositeur Hans Zimmer.

Dans les mois qui ont précédé la sortie du film, j’ai été soulagé lorsque j’ai vu une photo de l’actrice Rebecca Ferguson habillée en Lady Jessica dans une robe rouge frappante. C’est la robe qu’elle porte pour narguer son partenaire, le duc Leto Atréides, lors de la scène officielle du banquet où Jessica a invité les membres les plus importants de la société Arrakeen à distinguer rapidement l’ami de l’ennemi en utilisant ses compétences hautement adaptées d’observation des Bene Gesserit. C’est une scène pleine d’intrigues politiques et de tensions sous-jacentes, le type de scène dans laquelle Denis est si doué. Dans le film, tout de suite après un attentat contre la vie du jeune Paul, on voit Jessica en robe rouge : pendant seulement deux secondes. La scène du banquet a été filmée, mais a été coupée au montage. Quelle déception ! Une scène pourtant nécessaire à l’intrigue.

Ce n’est qu’un exemple d’élément manquant parmi tant d’autres : intrigues secondaires, personnages, etc., puisque des décisions créatives et difficiles sont prises uniquement en raison de contraintes de temps, qui ont fait travailler mon cerveau pendant tout le visionnement en comparant le film au roman que j’aime tant. Je suis sorti de cette première projection déçu. Et j’étais tellement frustré d’être déçu. Je parle de ce film depuis toujours. Heureusement, je suis retourné à Québec dès le lendemain pour le revoir, cette fois avec une dizaine d’anciens élèves du Collège Marie-de-l’Incarnation qui avaient lu le roman avec moi en secondaire 5. À mon grand soulagement, j’ai adoré le film à mon second visionnement, car cette fois, j’étais totalement engagé émotionnellement. Mes anciens élèves ont tous vraiment adoré aussi.

Le film n’est pas parfait, mais c’est une adaptation extrêmement fidèle. Et ce que j’ai réalisé, c’est qu’aucune version cinématographique ou télévisée ne peut enlever la joie que j’ai ressentie pendant tant d’années en lisant cette merveilleuse histoire. Tout comme la version de David Lynch de 1984, le film de Villeneuve est un moyen fantastique pour une nouvelle génération de découvrir ce monde dense et complexe, et de stimuler les gens à lire le chef-d’œuvre d’Herbert, considéré comme la plus grande œuvre de science-fiction de tous les temps.

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Par Ian Pitblado
Professeur d’anglais, coordonnateur du Département des langues modernes et animateur du club de cinéma

 

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