Turikumwe!

Cet été, j’ai eu la chance de vivre un stage dans la ville de Butare, au Rwanda, en Afrique de l’Est. Étudiante en éducation spécialisée, j’ai œuvré auprès d’un organisme qui prend en charge les jeunes de la rue : l’Oeuvre humanitaire pour la protection et le développement de l’enfance en difficulté (OPDE). Plus précisément, j’ai joué un rôle de soutien auprès des intervenants sociaux (d’origine rwandaise) qui vivent dans les foyers de groupe de jeunes garçons pris en charge par l’organisme.

Lors de cette expérience, j’ai surpassé plusieurs barrières : linguistiques, culturelles et personnelles. En effet, un enjeu pour le moins important était ma faible connaissance de la langue maternelle des enfants : le kinyarwanda. Bien que dans le cursus scolaire, on enseigne rapidement l’anglais aux enfants, leur maîtrise de cette langue combinée à la mienne et à nos accents respectifs rendent les nuances trop peu étoffées pour faire des ateliers psychosociaux dans cette langue. Ainsi, je devais compter sur la traduction des intervenants en place lorsque je livrais du contenu plus théorique. C’est ainsi que j’ai compris l’importance d’être. Être avec les enfants. Sans parler. Partager un moment avec eux. Jouer au ballon ou cueillir des fleurs. Dessiner. Danser. Sans parler. Les enfants se faisaient experts de leur langue et me l’enseignaient avec plaisir. Non, les blancs ne savent pas tout. Je voulais qu’ils puissent avoir un exemple d’une «humuzungu», comme ils disent, qui se mêle à eux. Qui veut apprendre d’eux. Et j’ai appris.

J’ai appris que malgré les situations cruelles que peut avoir vécues un enfant, il peut se lever avec le sourire, chanter et danser. J’ai aussi appris qu’il est plus facile de faire face à ces épreuves lorsqu’on est entourés. «Turikumwe» qu’ils disent. «Nous sommes ensemble.» C’est tout le monde ensemble que ce pays s’est relevé de sombres épisodes du passé. C’est tout le monde ensemble que les Rwandais se sont reconstruit. C’est tous ensemble que ces enfants se reconstruisent après la misère, la pauvreté, parfois la violence et même la rue. J’ai pu faire partie de cet «ensemble» avec les jeunes, avec les intervenants. Me mêler à eux pour prêter main-forte dans cette mission.

J’ai aussi appris que j’avais tout à apprendre de cette culture, de ce pays soit disant « en voie de développement ». Je me suis demandé où menait cette « voie », quelle était cette destination? Je suis demeurée sans réponse. Il s’agit d’une expérience qui a changé ma perspective de plusieurs aspects de ce monde. Une expérience comme celle que j’ai vécue, je recommande à tout le monde d’en vivre une. Je suis très reconnaissante que le Collège Laflèche ait rendu cette expérience possible.

Turikumwe!

Jacinthe Parent
Finissante en éducation spécialisée – intensif

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